
Les manifestations pour le climat sont issues d’un mouvement de protestation venant des jeunes de 106 pays sous l’impulsion contagieuse d’une jeune suédoise de seize ans, Greta Thunberg. La jeune fille clame que les politiciens n’en font pas assez pour répondre à la problématique du changement climatique et que les conséquences de cette inaction se répercuteront sur les générations futures, dont elle fait partie.
Cela soulève une question d’éthique : qu’est-ce qui justifie le comportement des leaders de la générations présente se distinguent par des inactions qui ont un impact polluant (négatif) sur le long terme ? Greta Thunberg cherche donc à mobiliser la jeunesse pour que les politiciens agissent pour une justice climatique et les appelle à se mobiliser derrière la science.
Le GIEC, dans son cinquième rapport d’évaluation (Fifth Assessment Report, AR5) a dit que le réchauffement climatique est dû à 95% à l’action humaine, ce que confirment la majorité des scientifiques qui affirment que le réchauffement climatique lui est due. L’organisation propose dans ses rapports des voies générales de réponses d’atténuation (mitigation responses) pour les décideurs, en particulier dans le résumé qui leur est adressé. Le rapport propose des recommandations non seulement techniques mais aussi économiques et financières. Bien qu’il ne soit pas possible d’affirmer que Greta Thunberg fasse allusion au rapport du GIEC, ces recommandations ne sont pas uniquement d’ordre scientifique.
Les jeunes, lors des manifestations, clament: les politique n’en font pas assez pour diminuer les gaz à effet de serre, causes du réchauffement climatique.Alors pourquoi ne pas écouter les scientifiques ? C’est en fait ce que dit Greta Thunberg lors d’un discours au Comité Social et Économique Européen où le Président sortant Jean-Claude Junker était présent : « unite behind the science ; that is our demand » et « talk to scientists ; listen to them ». D’après Darrick Evensen, de Politique et Relations internationales de l’Université d’Edimburg, c’est l’erreur que font Greta Thunberg et celles et ceux qui la suivent.
Les propos de Greta Thunberg semblent pourtant légitimes, suite aux travaux produits par de nombreux scientifiques sur les changement climatiques ou sur des études qui en dérivent. En effet, les scientifiques ont été les premiers à étudier les effets du changement climatique et sont donc à l’avant-garde de l’observation de l’évolution du climat, comme en témoigne le GIEC. Cependant, Evensen dit que la science se limite à produire des rapports dont la conclusion propose des faits établis, comme la fonte des glaciers. Les scientifiques ne doivent pas être les seuls à être écoutés car ils produisent des recommandations qui probablement bouleverseraient la vie de nombreuses personnes. C’est le rôle des politiciens de « vendre » aux électeurs lesdites recommandations et donc ensuite de prendre les décision qui les soutiennent. Inversement, une prise de décision pour limiter le changement climatique n’est pas scientifique mais politique car « le scientifique » ne propose pas de solution dans l’étude qu’il produit, mais tire une conclusion sur la question de son étude. Par exemple, si une décision est prise pour aménager le territoire suite à une étude qui montre que des laves torrentielles menacent un quartier à 95%, la décision n’est pas scientifique mais politique. L’étude montre en fait ce qui « est » et le politique fait ce qui « devrait être ». Dans la continuité, les prises de décisions sur une question seraient issues du choix parmi une pluralité d’options. Le réchauffement climatique est donc bien une telle question et il existe plusieurs possibilités d’options dont une ou plusieurs peuvent être prise(s) en compte. Le prix Nobel Lord Bertrand Russell dit « Almost all the questions of interest to speculative minds are such as science cannot answer. » À Evensen d’ajouter : « Solutions for climate change are undeniably such a question. » Selon Evensen, ce ne sont pas les scientifiques qu’il faut écouter le plus. Il existe un nombre croissant d’études provenant d’autres disciplines qui tentent de comprendre l’impact les de la science sur la société et sur les prises de décisions, comme par exemple, les relations internationales ou la justice climatique, dont les tenants sont favorables au mouvement #FridaysForFuture.
Ce que Greta Thunberg revendique aussi c’est : « we need to focus on equity », « it is the suffering of the many which pay for the luxuries of the few ». Mais d’après Evensen, cette revendication est sous-développée dans les manifestations. La répartition des conséquences négatives (ou positives) dans l’espace et dans le temps (certainement les deux dans les revendications de Greta Thunberg) de la pollution résulte de l’inaction des décideurs quant au réchauffement climatique et à la pollution. Selon Greta Thunberg une minorité seulement bénéficie du travail d’une majorité qui subit les coûts du comportement de la première. Autrement dit, Les bénéfices dont jouit une minorité ont pour prix une dégradation soufferte par une majorité.
Peut-être que certains prennent les revendications de Greta Thunberg, et de celles et ceux qui la suivent dans les grèves d’étudiants, comme une responsabilité déléguée à une classe de population que l’on pourrait étiqueter d’« aînés ». La responsabilité leur incomberait. Or ce n’est pas une exclusivement vrai. D’après Dana R. Fisher, Professeure de sociologie à l’Université du Maryland, de plus en plus de jeunes s’engagent dans des processus d’activisme proches ou similaires à celui de #FridaysForFuture. Dans le cas lausannois (Suisse), le parti des Jeunes Verts compte un nombre d’adhérents de plus en plus important depuis le début des manifestations des vendredis.
Le réchauffement climatique et la pollution sont des faits établis et ils peuvent avoir un impact à long terme. Les jeunes ont le droit et l’obligation civique de porter leur voix dans la rue pour se préserver un avenir favorable. La responsabilité semble être portée sur tous : les politiciens, les parents et la jeunesse. L’activisme des jeunes semble aussi être contagieux, d’après Fisher. Les parents on l’air prendre des mesures écologiques et sont plus responsables dans leur comportement. De plus, ce processus d’engagement de la part des jeunes en fait de meilleurs citoyens.
Lectures :
Evensen Darrick, 2019, The rhetorical limitations of the #FridaysForFuture movement, Nature Climate Change, June 2019, Vol. 9, N° 6, pp. 428-430.
Fisher Dana R., 2019, The broader importance of #FridaysForFuture, Nature Climate Change, June 2019, Vol. 9, N° 6, pp. 430-431.
Clerc Martine, 2019, Adhésion en hausse chez les Jeunes Verts après le défilé pour le climat, RTS [online], 29 Janvier 2019, viewed [22 juillet 2019], available from : https://www.rts.ch/info/suisse/10176497-adhesions-en-hausse-chez-les-jeunes-verts-apres-les-defiles-pour-le-climat.html