"Guayaquil" de Jorge Luis Borges


Historique

Guayaquil est une ville de l’actuel Equateur où se sont rencontrés les deux libérateurs de l’Amérique Latine lors des guerres d’indépendances face à la couronne espagnole. Il s’agit des personnes de Simón Bolívar et de José de San Martín. Les deux leaders se sont rejoints pour décider de l’avenir du continent, une fois avoir chacun libéré le nord et le sud respectivement. L’épisode est, on peut le dire, énigmatique car personne ne sait quelle a été la substance des dialogues entre les deux leaders et pour quelles raisons Bolívar les considéré comme le Libertador et pourquoi il a pris les crédits de la libération du continent.

 

Commentaire

Jorge Luis Borges ne veut pas retracer ce qui s’est passé pendant la réunion entre les deux leaders. En revanche, il met en scène deux protagonistes qui vont décider qui d’entre eux récoltera la gloire en apportant les notes écrites par Simón Bolívar lui-même sur le réel déroulement de l’entrevue. L’issue de la fiction semble toutefois vouloir évoquer la réalité historique.

Le narrateur, celui qui semble être le plus enclin à recevoir les honneurs par son parcours académique, se fait cependant retirer la mission par une personne moins prestigieuse que lui. Sans vouloir parler du style de Borges on devine facilement le ton condescendant du vainqueur. De plus, il provient d’un milieu défavorisé d’un pays non-Latino-américain et est un inconnu du public académique en Histoire et est un historien d’une université de province.

 Le narrateur semble être celui qui a la carrure à remplir la mission pour laquelle les deux protagonistes sont nominés. Rien qu’au premier abord le narrateur est supérieur à Zimerman : il est plus grand que lui et il s’en vante éhonté. Puis suit la liste de ses mérites : le narrateur a dans le sang les anciennes batailles d’indépendances. Autrement dit, ses ancêtres se sont battus pour l’indépendance de l’Amérique Latine. Le narrateur est supérieur à Zimmermann à tous points de vus : Il a le background et son histoire familiale.

La raison pour laquelle Zimerman « gagne le duel » contre le narrateur est la volonté et c’est le point le plus intéressant. Dans ce contexte, on a donc, à première vue, deux duels parallèles : celui de Simón Bolívar et de José de San Martín, et celui du narrateur et de Zimerman. On ne connait pas les raisons réelles pour lesquelles San Martín laisse le champ libre à Bolívar. Il est possible que Borges veuille garder une certaine prudence lors de l’écriture de son récit. En revanche, est ceci est compréhensible seulement à la fin de la nouvelle, la volonté guide les choix des deux protagonistes de la nouvelle : le narrateur a la volonté de mourir dans sa maison remplie d’histoire tandis que celle de Zimerman est de retranscrire les lettres de Bolívar. De plus, le fait que le narrateur signe le document attestant qu’il ne retranscrira pas ses lettres découle de sa propre volonté.

 

Conclusion

La nouvelle est en fait remplie de parallèles. Non seulement l’entrevue semble évoquer celle entre San Martín et Bolívar mais il y a aussi des parallèles plus subtils. Elle se termine, en effet, sur une référence à Schopenhauer, un philosophe allemand. Celui-ci dit qu’aucun acte est involontaire. Il fait en fait référence à l’érudition du narrateur lui ayant raconté des anecdotes sur la victoire à un jeu d’échec en parallèle à une bataille entre les armées des deux rois joueurs. L’un gagne le jeu et on lui annonce qu’il a gagné la bataille. Zimerman se réfère à une cause magique. Le narrateur lui rétorque que c’est dû à la volonté. Si le narrateur veut naître et mourir dans sa maison c’est qu’il a cette volonté, ce que lui dit Zimerman. S’il a perdu c’est à cause de la volonté de Zimerman. « Son siège est fait ».