Diversité biologique, comptabilisation des espèces vivantes sur la planète, depuis les années 1970-1980 les sciences de l’écologie et de l’évolution voient apparaître une discipline nouvelle : la biologie de la conservation. C’est une science engagée sur fond de disparition des espèces, recensement et prévention de catastrophes naturelles. « Biodiversity » est créée pour permettre de concevoir la nature autrement : la disparition fulgurante de la vie sur Terre, et elle est devenue un point focal pour les environnementalistes, selon David Takacs. Alors que l’humanité est responsable de la disparition des espèces, est-il moral de dire qu’elle compte ? sous-entendu pour l’humanité…
La biodiversité est le tissu de
la vie sur Terre. Elle est issue du processus décrit dans L’Origine des espèces,
à savoir la lutte pour l’existence, qui décrit les stratégies d’interactions
entre les espèces pour la survie, et la descendance avec modification qui
étudie les modifications génétiques et phénotypiques des espèces dans un
environnement donnée à travers une descendance. Autrement dit, les espèces sont
en interaction à la fois avec leur environnement et avec elles-mêmes. Il est
possible de mettre en lien la biodiversité avec le terme d’écosystème qui
comprend le biotope et la biocénose. Les conditions physico-chimiques du
non-vivant forment le socle du vivant qui le modifie à son tour. Les espèces ne
sont pas immuables et évoluent au cours du temps et de l’espace. Elles
s’adaptent et en créent de nouvelles par ce processus.
Là ou biodiversité
apparaît, celle-ci se dégrade et disparaît sous la pression anthropique. Les
espèces n’ont pas le temps de s’adapter. Extraction des ressources,
modification des conditions physico-chimiques rapides de la planète, certains
questionnent la place de l’humanité sur la Terre. Ce questionnement soulève
divers points : L’humain est-il vraiment un facteur de changement de ces
conditions physico-chimiques ? et depuis quand le fait-il ? Ensuite,
est-ce que l’anthropocentrisme est-il moralement acceptable alors que l’humain
est responsable de la disparition des espèces ? et s’il faut
conserver la nature, est-ce que ce serait pour son propre compte ?
D’après le dernier rapport du
Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le réchauffement
climatique est dû à 95% aux émissions carbonées engendrées par les êtres
humains. Par ailleurs, certains spécialistes du climat, géologues,
environnementalistes parlent d’anthropocène, à savoir l’ère géologique pour
lequel l’être humain façonne son environnement. Là où les spécialistes
divergent, c’est sur son commencement. Si la création de la machine à vapeur et
les inventions qui en résultent forme un point de départ de l’ère, d’autres
pensent que ce serait la « grande accélération » d’après-guerre qui
ferait foi. Pour d’autres encore, et plus marginalement, la généralisation de
l’agriculture serait une approche quant aux origines de l’anthropocène.
D’après la pensée écocentriste,
il s’agit de dézoomer du point de vue sur l’humanité vers une focale plus large
de la communauté biotique à laquelle elle appartient. La charge morale ne se
concentre alors plus sur le bien-être de l’homme mais sur les interactions
écosystémiques entre les espèces vivantes (animaux humains, non humains,
végétation) et le biotope. La question est donc vite répondue : d’après ce
courant de pensée, l’anthropocentrisme de la conservation de la nature pour l’être
humain n’est pas moral car elle présuppose que la nature doit être l’objet de
son bien-être et n’englobe pas les autres espèces dans son champ de
considération morale.
Dire que la biodiversité compte
pour l’humanité, c’est de mettre l’humanité au centre des préoccupations de la
communauté biotique à laquelle elle appartient. Cette vision, hormis du point
de vue de la pensée écocentriste, n’est pas morale car elle place le bien-être
de l’humanité au détriment de celui des autres espèces ainsi que de leur
sauvegarde. Il ne faut pas oublier que l’humanité, bien qu’elle ait construit
des villes et des champs, est dépendante des interactions biotiques qui se
déroulent dans la nature, pour ne pas dire sur la planète Terre.
