Le capitalisme qui tue: une réflexion sur la société violente, partie 1

Avec un offre bon marché, les industriels de l’agriculture vendent du rêve : de la viande, du poisson et du pain trois fois par jour pour les pays riches. Nous avons donc trois problèmes : pour la maximisation du profit on exploite des travailleuses et des travailleurs des pays en développement, on tue des animaux cruellement et, enfin, on détruit les sols et la biodiversité. Typiquement, Syngenta, grâce à des « mergers and acquisitions » (M&A) ou des rachats d’entreprises, possède 55% du marché mondial des semences. Nous avons aussi des problèmes d’éthique, à la fois sociale, environnementale et animale. Car s’il est souvent entendu que ces industries apportent du travail aux populations locales ou la sécurité alimentaire et que sans elle il n’y aurait pas de développement dans ces pays, il s’avère surtout que les conditions de vie des uns et des autres ne sont pas enviables. Comme l’expérience le montre, l’exploitation ne profite qu’à une minorité qui sont les industriels des grandes firmes ainsi que leurs alliés (bourgeois et politiciens).

En vrai, la surconsommation de produits alimentaires, issu du développement des pays riches occidentaux depuis les années 1970, crée des inégalités à travers le monde, et ce phénomène peut s’apparenter à une stratification des classes sociales (selon Marx) : une minorité d’individus des pays riches pompe la majorité des ressources alimentaires de la planète. Même si les échanges mondiaux se font des entre pays riches, les denrées de bases proviennent majoritairement des pays émergents tels que le Brésil ou l’Argentine. Sachant que tous les deux jours, un militant écologiste meurt assassiné en Amérique latine, il s’agit déjà d’un point de départ car le commerce mondial des denrées alimentaires, qui est, pour rappel, destiné majoritairement à alimenter les bêtes des pays riches, est souvent protégé par les États sous l’égide du libre-échange. Mais comment se sont créées ces inégalités ? Il n’y a pas vraiment de théories économiques sur l’augmentations des inégalités mais seulement des constats. La mondialisation, qui devait être inclusive des pays pauvres et les développer, s’est trouvé être un véritable échec car les flux de marchandises, de capitaux et d’humains se font majoritairement à travers des flux Nord-Nord ou Sud-Sud comme le montrent certains traités de libre-échange (comme l’Union européenne ou le MERCOSUR), sans parler des entreprises des pays riches qui exploitent les gisements se trouvant dans les pays du Sud, riches en sol ou en sous-sol, par exemple.

Le jeu de l’offre et de la demande est devenu un vice capitaliste car il est devenu le bras armé du marketing et tout ce qu’il englobe (la publicité, les canaux de distribution, les chaînes d’approvisionnement). Les théories économiques du commerce international et les théories de la compétition, les théories de micro- et de macroéconomie sont issues de ce jeu. Mais en quoi est-ce un vice ? Car en amont du cheminement des denrées alimentaires, les travailleurs et les animaux sont exploités et l’environnement est dégradé, et le tout pour le bien-être des populations des pays riches. L’offre, qui veut vendre soit des produits bon marché ou soit vendre des produits hauts de gamme, tente de cibler ses consommateurs suivant plusieurs techniques (publicité, bouche-à-oreille, expériences clients, etc.) et vendre le plus possible en tentant de faire les plus grandes marges. Pour ce faire, ils ont du capital circulant opérationnel à faire tourner, leurs inventaires, leurs comptes clients et fournisseurs, en cycles de liquidités qui est sensé augmenter. Plus le rendement du capital circulant opérationnel augmente, selon si leurs bénéfices opérationnels augmentent, plus la marge est grande. Mais c’est au management de choisir la politique financière de leur entreprise. On a aussi le cas de la publicité qui pousse les personnes à acheter des produits. Souvent, les firmes de produits alimentaires bon marché (ou bas de gamme) jouent sur les prix pour attirer le plus de personnes possible. Aujourd’hui, ces firmes jouent aussi sur le « greenwashing » ou écoblanchiment en faisant de la publicité mensongère affirmant que leurs produits proviennent d’une production respectueuse de l’environnement, équitable ou respectueuse des animaux. Les produits hauts de gamme font de même ou pire, misant sur la qualité des produits qui, dans la réalité, sont issus du commerce illégal d’animaux ou d’espèces protégées.

Bien que se nourrir soit une bien fondamental, c’est étonnement l’offre qui engendre la demande et l’équilibre du marché est en fait dicté par les entreprises par imposition des prix : soit par des produits à prix cassés, soit par des produits haut de gamme. Le libre-échange et l’essor des transports a permis aux firmes de délocaliser la production dans des pays ou l’on peut exploiter des travailleurs pour leurs salaires de misère. Les animaux sont exploités dans des fermes-usines où ils sont traités comme des marchandises alors qu’ils ont une conscience. Autrement, les produits sont issus de filières douteuses. Bref, aujourd’hui manger dans un pays riche est synonyme d’exploitation. Dans ce texte, nous nous sommes intéressés au système capitaliste et aux entreprises privées avec un débordement sur un processus économique (la mondialisation ou le libre-échange). Mais les grandes firmes du grand capital ne sont pas les seules responsables. Les politiciens et la société civile jouent un rôle dans l’exploitation humaine et animale : par les lois et la représentation nationale pour les uns, et par les valeurs et les traditions pour les autres.

De l’enjeu socio-économique de la protection de l’environnement

L’organisation sociale des êtres humains a modifié l’environnement à un certain point qu’il est possible de parler d’Anthropocène. Cette organisation sociale a débouché sur un système économique défavorable pour l’environnement. Dans ce texte, nous allons chercher les origines de la pollution d’origine humaine et voir comment son organisation socio-économique a exacerbé ce phénomène.

 

Les origines de la pollution anthropique

La question revient à demander à quel moment placer le début de l’Anthropocène. La tendance aujourd’hui serait de la placer au début du XIXème siècle, à savoir au début de l’ère industrielle où commencent les émissions massives de gaz à effet de serre. Pourtant d’autres spécialistes envisagent une autre alternative : l’apparition de l’Homme moderne sur la planète. La maîtrise du feu serait à l’origine de la modification de l’environnement – ce qui nous entoure. Aussi, l’Homme moderne semble être le facteur déterminant de la cinquième extinction de masse à cause de la modification de l’environnement pour son propre compte, notamment par l’usage du sol ainsi que la monoculture et la perte en biodiversité, datant de la fin du Pléistocène. La déforestation, la monoculture ont un impact sur les émissions de CO2 car les sols s’érodent et libèrent ce gaz à effet de serre. Ce phénomène s’accentue alors que les grandes civilisations s’émancipent (la Grèce, la Mésopotamie, Rome, la Chine, etc.)

Cependant, il est vrai que la révolution industrielle a fait exploser les émissions de gaz à effet de serre par la métallurgie, l’agriculture et par les nouvelles sources d’énergie (le charbon notamment). La population a augmenté de manière significative.

 

Le capitalisme et les politiques néolibérales pointés du doigt

C’est par le fait que la nature doit servir les intérêts des êtres humains que les philosophes de la pensée écologique pointent du doigt le système néolibéral et sa pratique, le capitalisme. Déjà avant l’heure, Jean-Jacques Rousseau dénonce ce système.

L’asservissement de la nature par l’humain se fait par l’accaparement des biens qui est un droit naturel pour John Locke et, plus tard pour les penseurs libéraux du XIXème siècle. Pour faire court, Locke pense que la propriété est un droit naturel et qu’il est justifié par le travail humain. Ainsi, la terre cultivée peut être protégée individuellement par l’accaparement et la propriété. Cela semble être le début d’une pensée anthropocentrée où la nature est assujettie par les êtres humains de manière massive. Cette pensée a été très influente pour la conquête de l’Ouest au États-Unis d’Amérique et a justifié les massacres d’amérindiens et la destruction de la nature. De nos jours, cette pensée subsiste pour le grand capital, par exemple. On pense au projet EACOP de Total Energies qui s’accapare des territoires en Ouganda pour extraire du pétrole, extraction qui est leur travail.

Aujourd’hui, les philosophes de la pensée écologique prônent une pensée biocentrée ou écocentrée qui y inclut la morale : les plantes et les animaux non humains sont avec les êtres humains au centre du cadre de considération morale. De cette manière, le travail ne justifie plus la propriété de l’environnement car dés lors que nous posons ce cadre moral (qui doit devenir un cadre législatif dans nos démocraties) les plantes et les animaux ont des droits sur ce qui peut être fait de manière éthique (on pense aux OGM, à la manipulation génétique plus largement et au bien-être animal).

 

La mondialisation

La mondialisation est la conséquence du libéralisme. D’une interdépendance économique pour Joseph Stiglitz, elle est devenue une explosion du capitalisme pour Fernand Braudel. Prôné par les Etats-Unis d’Amérique, la mondialisation a permis la libre circulation des marchandises, des capitaux et de la culture. Se voulant inclusive pour les pays du Sud, elle n’a été favorable qu’aux pays riches au détriment de ceux-ci et au prix d’une pollution par les transports maritimes, aériens et par la route. De plus, injuste dans sa pratique, la mondialisation a rendu dépendant les pays pauvres envers les pays riches par les extractions de minerais transférés pour la production des pays riches uniques bénéficiaires car ceux-ci revendent au prix forts les produits manufacturés aux pays pauvres. La mondialisation favorise donc les flux entre les pays riches.

 

Discussion

L’aspect socio-économique est un levier pour la lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons vu que dans cet aspect, il y a l’humain lui-même, à savoir son évolution, et, dans son organisation sociale depuis le XIXème siècle, le système libéral et le capitalisme. La conséquence de cette organisation est la mondialisation qui a fait exploser les émissions de gaz a effet de serre par l’extraction de matières premières, le transport de ces matières et la production de biens. Les services aussi sont polluants car nécessitent des infrastructures de plus en plus sophistiqués et finalement, il faut de la production de biens pour pouvoir produire un service.

Dater l’Anthropocène reste un débat pour les spécialistes de l’environnement mais il faut savoir qu’il y a deux principales périodes : l’arrivée de l’Homme moderne ou la Révolution industrielle. Dans ce texte nous privilégions l’arrivée de l’Homme moderne car, dans un moindre mesure, il a dès lors modifié son environnement par le feu, le bronze, l’agriculture et l’érosion. Les civilisations et l’augmentation de la population sont la conséquence de ces maîtrises. Les émissions de gaz à effet de serre sont les conséquences des civilisations et de l’augmentation de la population car plus de besoins sont nécessaires à la survie de l’Homme.

Par ailleurs, en ce qui concerne le capitalisme, nous n’avons parlé que de la propriété. En effet il s’agit du socle sur lequel l’entreprise se veut prédatrice de l’environnement. Nous n’avons pas parlé de la croissance et ce que nous allons faire maintenant car c’est le moteur de l’économie selon les libéraux. Que le détenteur du capital soit une entreprise du domaine secondaire ou du domaine tertiaire, la croissance augmente la pollution car l’entreprise mobilise de plus en plus de ressources naturelles (pour extraire ou pour produire de l’énergie pour ses services). Dans une économie linéaire, la production d’énergie génère des déchets ou des externalités que ne prends pas en compte l’entreprise capitaliste. On pense dont aux émissions de gaz à effet de serre, aux extractions de matières premières ou aux déperditions de chaleur. C’est un peu l’ironie du capitalisme que les déchets ne soient pas assumés par les entreprises propriétaires car finalement ils leurs appartiennent, mais telle est l’économie linéaire ! La mondialisation a accentué le phénomène d’externalités car à l’inverse, l’océan et l’air ne sont la propriété d’aucun être humain. Ici, nous avons à faire à de l’anthropocentrisme car les milieux maritimes du grand large sont peuplés d’espèces et nous y rejetons nos déchets.

 

 Conclusion

Dans ce texte, nous avons tenté de montrer que les aspects socio-économiques sont le principal problème face au réchauffement climatique. Mais ils peuvent être aussi la solution si nous changeons nos comportements. Ce discours a cependant été ressassé beaucoup de fois mais il n’y a pas de solutions qui n’existent pas. Il faut faire l’inverse de ce qui a été fait jusqu’à lors : décroître. Si de toute façon l’empreinte des être humains est indélébile sur la Terre vu le réchauffement climatique et la pollution, disparaître n’est pas non plus la solution pour nous… Dans le cas extrême, il faudrait vivre en harmonie avec la nature, sans revenir en arrière, mais vivre avec et non à son encontre comme l’a voulu le système libéral. Nous avons parlé de bio- et d’écocentrisme et cela serait le modèle idéal, pour le moment, pour rétablir une vie harmonieuse avec la nature.