Du libéralisme au nationalisme : une histoire latinoaméricaine des années 30

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Préliminaires

Pendant les guerres d’indépendances d’Amérique latine contre l’Espagne, les caudillos ont été inspirés par les idées des Lumières venues d’Europe : la démocratie et le libéralisme ont été le moteur de la modernisation dans la région. Dans l’idée, il a fallu quarante à cinquante ans pour substituer l’ordre conservateur catholique espagnol et venir à bout de ces idées comme moteur d’orientation.
La politique ayant changé, les systèmes économiques sont restés tels qu’ils étaient, c’est-à-dire, vers une économie tournée vers l’exportation. Les privilèges sont restés les mêmes et la société a peu bougé, ce qui fait qu’en conséquence, les républiques étaient dirigées par des oligarchies libérales, dépendantes des facteurs extérieurs. Cela a fonctionné pendant un certain temps mais déjà au début du XXème siècle, les idées libérales ont commencé à se briser.

Réactions

Dans les années 30 le libéralisme était discrédité dans les cercles d'intellectuels mais aucune idéologie n’était capable de s’y substituer. La conséquence fut qu’il y eut une instabilité politique dans les républiques latinoaméricaines et rien ne pouvait permettre aux Etats de construire leurs fondations sur des bases stables pour inscrire leur autorité.
Cependant, malgré la multitudes d’idéologies en compétition pour combler le vide de la mort du libéralisme, il y avait des points sur lesquels elles s’accordaient : la substitution de l’individualisme par une communauté socialement intégrée sous la direction de l’Etat ; la nécessité de récupérer les ressources naturelles du continent des mains étrangères ; et le rejet de l’attitude matérialiste et utilitaire favorisées par le capitalisme, en faveur d’une culture nationale authentique, basée sur des valeurs humaines et spirituelles.
Les classes urbaines ont utilisé le nationalisme comme arme contre les oligarchies établies, qui étaient en faveur des propriétaires terriens et des capitalistes étrangers. En effet, ceux-ci étaient considérés comme des ennemis dans le sens où ils étaient responsables du chômage et de l’inflation généralisée. Comme cela, les nationalistes, de gauche comme de droite, prônaient la division des terres et la nationalisation des entreprises pétrolières et minières.
Dans les pays à forte population indienne, l’antilibéralisme a acquis un caractère plus original : les populations voulaient récupérer les cultures traditionnelles des communautés indiennes, qu’on soit de gauche ou de droite. Les idées étaient corporatistes et autoritaires. Le point de départ fut la Révolution mexicaine dans les années 1910. En particulier, les paysans indigènes zapatistes voulant récupérer leurs terres ancestrales. Cette révolution fut le début d’un mouvement protestataire pour le droit des indiens dans toute l’Amérique latine.

Révolutions

Nul part les politiciens nationalistes ont eu la force suffisante pour atteindre le pouvoir par les urnes car les partis libéraux exerçaient un control rigoureux sur les processus électoraux, notamment par le clientélisme de leurs réseaux, surtout dans les zones rurales. Les révolutions se sont faites par la force, avec en tête l’armée.
Le Chili fut le premier pays à expérimenter une révolution nationaliste avec l’aide de l’armée. Un coup d’Etat eut lieu en 1924 et une dictature fasciste fut instaurée sous la présidence de Carlos Ibáñez. Il fut cependant destitué en 1931, dû à la dépression mondiale. Un autre coup d’Etat eut lieu, organisée par Marmaduke Grove et organisa une brève république socialiste.
En Argentine, il y eut un coup d’Etat en 1930 mais les responsables ne s’accordaient pas sur quelle politique mener. Il y eut un deuxième coup d’Etat en 1943 qui, trois ans après, instaura Juan Domingo Perón pour une politique d’Etat corporatiste.
Au Brésil, en 1930, l’armée donna le pouvoir à Getúlio Vargas qui construisit un « Etat nouveau » avec les caractéristiques d’un Etat corporatiste fasciste.

Le nationalisme économique

Le prix des biens d’exportations dépendait trop de la demande extérieure et leur valeur diminuaient et tendaient vers cette tendance à long terme. Cette tendance rendait l’Amérique latine vulnérable aux baisses du commerce international, en particulier quand les besoins diminueraient brusquement et ceci engendrerait des difficultés à importer des biens de l’extérieur. En somme, les nationalistes comprirent à quel point les politiques des libéraux dépendaient des décisions politiques externes.
En réaction à cette politique très dépendante, ainsi que pour contrer d’éventuels récessions mondiales, les nationalistes ont voulu développer l'industrie de manufacture intérieure dans le but d’être plus autosuffisants en temps de difficultés. Les républiques ont organisé une planification de l’industrialisation de leur pays même si, dans les pays les plus importants, il existait déjà une industrie légère. Cependant elle n’était qu’un auxiliaire à l’économie d’exportation. Le but, donc, était d’arriver, à terme, à des souverainetés nationales par autosuffisance industrielle où il y aurait de tout.
La deuxième Guerre Mondiale fut décisive pour les industries argentines et brésiliennes. En effet, les armées de ces deux pays étaient très rivales et l’imminence d’une guerre en Europe a fait que les hauts commandements de ces deux pays décidèrent de créer une industrie d’armement. Mais pour faire fonctionner une industrie d’armement il fallait des sidérurgies et de fabriques de machines électriques. De plus, alors que la Guerre éclate, la demande en matières premières explosa et enrichit l’Amérique latine, ce qui permit de payer les dettes et d’investir dans l’industrialisation.

Malgré la Guerre et les aides extérieures (notamment celle des États-Unis d’Amérique), la politique d’industrialisation en soi fut la conséquence du nationalisme dont l’évolution commençait au début du XXème siècle et qui s’est intensifiée dans les années 1920 et 1930.

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