Le capitalisme qui tue: une réflexion sur la société violente, partie 1

Avec un offre bon marché, les industriels de l’agriculture vendent du rêve : de la viande, du poisson et du pain trois fois par jour pour les pays riches. Nous avons donc trois problèmes : pour la maximisation du profit on exploite des travailleuses et des travailleurs des pays en développement, on tue des animaux cruellement et, enfin, on détruit les sols et la biodiversité. Typiquement, Syngenta, grâce à des « mergers and acquisitions » (M&A) ou des rachats d’entreprises, possède 55% du marché mondial des semences. Nous avons aussi des problèmes d’éthique, à la fois sociale, environnementale et animale. Car s’il est souvent entendu que ces industries apportent du travail aux populations locales ou la sécurité alimentaire et que sans elle il n’y aurait pas de développement dans ces pays, il s’avère surtout que les conditions de vie des uns et des autres ne sont pas enviables. Comme l’expérience le montre, l’exploitation ne profite qu’à une minorité qui sont les industriels des grandes firmes ainsi que leurs alliés (bourgeois et politiciens).

En vrai, la surconsommation de produits alimentaires, issu du développement des pays riches occidentaux depuis les années 1970, crée des inégalités à travers le monde, et ce phénomène peut s’apparenter à une stratification des classes sociales (selon Marx) : une minorité d’individus des pays riches pompe la majorité des ressources alimentaires de la planète. Même si les échanges mondiaux se font des entre pays riches, les denrées de bases proviennent majoritairement des pays émergents tels que le Brésil ou l’Argentine. Sachant que tous les deux jours, un militant écologiste meurt assassiné en Amérique latine, il s’agit déjà d’un point de départ car le commerce mondial des denrées alimentaires, qui est, pour rappel, destiné majoritairement à alimenter les bêtes des pays riches, est souvent protégé par les États sous l’égide du libre-échange. Mais comment se sont créées ces inégalités ? Il n’y a pas vraiment de théories économiques sur l’augmentations des inégalités mais seulement des constats. La mondialisation, qui devait être inclusive des pays pauvres et les développer, s’est trouvé être un véritable échec car les flux de marchandises, de capitaux et d’humains se font majoritairement à travers des flux Nord-Nord ou Sud-Sud comme le montrent certains traités de libre-échange (comme l’Union européenne ou le MERCOSUR), sans parler des entreprises des pays riches qui exploitent les gisements se trouvant dans les pays du Sud, riches en sol ou en sous-sol, par exemple.

Le jeu de l’offre et de la demande est devenu un vice capitaliste car il est devenu le bras armé du marketing et tout ce qu’il englobe (la publicité, les canaux de distribution, les chaînes d’approvisionnement). Les théories économiques du commerce international et les théories de la compétition, les théories de micro- et de macroéconomie sont issues de ce jeu. Mais en quoi est-ce un vice ? Car en amont du cheminement des denrées alimentaires, les travailleurs et les animaux sont exploités et l’environnement est dégradé, et le tout pour le bien-être des populations des pays riches. L’offre, qui veut vendre soit des produits bon marché ou soit vendre des produits hauts de gamme, tente de cibler ses consommateurs suivant plusieurs techniques (publicité, bouche-à-oreille, expériences clients, etc.) et vendre le plus possible en tentant de faire les plus grandes marges. Pour ce faire, ils ont du capital circulant opérationnel à faire tourner, leurs inventaires, leurs comptes clients et fournisseurs, en cycles de liquidités qui est sensé augmenter. Plus le rendement du capital circulant opérationnel augmente, selon si leurs bénéfices opérationnels augmentent, plus la marge est grande. Mais c’est au management de choisir la politique financière de leur entreprise. On a aussi le cas de la publicité qui pousse les personnes à acheter des produits. Souvent, les firmes de produits alimentaires bon marché (ou bas de gamme) jouent sur les prix pour attirer le plus de personnes possible. Aujourd’hui, ces firmes jouent aussi sur le « greenwashing » ou écoblanchiment en faisant de la publicité mensongère affirmant que leurs produits proviennent d’une production respectueuse de l’environnement, équitable ou respectueuse des animaux. Les produits hauts de gamme font de même ou pire, misant sur la qualité des produits qui, dans la réalité, sont issus du commerce illégal d’animaux ou d’espèces protégées.

Bien que se nourrir soit une bien fondamental, c’est étonnement l’offre qui engendre la demande et l’équilibre du marché est en fait dicté par les entreprises par imposition des prix : soit par des produits à prix cassés, soit par des produits haut de gamme. Le libre-échange et l’essor des transports a permis aux firmes de délocaliser la production dans des pays ou l’on peut exploiter des travailleurs pour leurs salaires de misère. Les animaux sont exploités dans des fermes-usines où ils sont traités comme des marchandises alors qu’ils ont une conscience. Autrement, les produits sont issus de filières douteuses. Bref, aujourd’hui manger dans un pays riche est synonyme d’exploitation. Dans ce texte, nous nous sommes intéressés au système capitaliste et aux entreprises privées avec un débordement sur un processus économique (la mondialisation ou le libre-échange). Mais les grandes firmes du grand capital ne sont pas les seules responsables. Les politiciens et la société civile jouent un rôle dans l’exploitation humaine et animale : par les lois et la représentation nationale pour les uns, et par les valeurs et les traditions pour les autres.

De l’enjeu socio-économique de la protection de l’environnement

L’organisation sociale des êtres humains a modifié l’environnement à un certain point qu’il est possible de parler d’Anthropocène. Cette organisation sociale a débouché sur un système économique défavorable pour l’environnement. Dans ce texte, nous allons chercher les origines de la pollution d’origine humaine et voir comment son organisation socio-économique a exacerbé ce phénomène.

 

Les origines de la pollution anthropique

La question revient à demander à quel moment placer le début de l’Anthropocène. La tendance aujourd’hui serait de la placer au début du XIXème siècle, à savoir au début de l’ère industrielle où commencent les émissions massives de gaz à effet de serre. Pourtant d’autres spécialistes envisagent une autre alternative : l’apparition de l’Homme moderne sur la planète. La maîtrise du feu serait à l’origine de la modification de l’environnement – ce qui nous entoure. Aussi, l’Homme moderne semble être le facteur déterminant de la cinquième extinction de masse à cause de la modification de l’environnement pour son propre compte, notamment par l’usage du sol ainsi que la monoculture et la perte en biodiversité, datant de la fin du Pléistocène. La déforestation, la monoculture ont un impact sur les émissions de CO2 car les sols s’érodent et libèrent ce gaz à effet de serre. Ce phénomène s’accentue alors que les grandes civilisations s’émancipent (la Grèce, la Mésopotamie, Rome, la Chine, etc.)

Cependant, il est vrai que la révolution industrielle a fait exploser les émissions de gaz à effet de serre par la métallurgie, l’agriculture et par les nouvelles sources d’énergie (le charbon notamment). La population a augmenté de manière significative.

 

Le capitalisme et les politiques néolibérales pointés du doigt

C’est par le fait que la nature doit servir les intérêts des êtres humains que les philosophes de la pensée écologique pointent du doigt le système néolibéral et sa pratique, le capitalisme. Déjà avant l’heure, Jean-Jacques Rousseau dénonce ce système.

L’asservissement de la nature par l’humain se fait par l’accaparement des biens qui est un droit naturel pour John Locke et, plus tard pour les penseurs libéraux du XIXème siècle. Pour faire court, Locke pense que la propriété est un droit naturel et qu’il est justifié par le travail humain. Ainsi, la terre cultivée peut être protégée individuellement par l’accaparement et la propriété. Cela semble être le début d’une pensée anthropocentrée où la nature est assujettie par les êtres humains de manière massive. Cette pensée a été très influente pour la conquête de l’Ouest au États-Unis d’Amérique et a justifié les massacres d’amérindiens et la destruction de la nature. De nos jours, cette pensée subsiste pour le grand capital, par exemple. On pense au projet EACOP de Total Energies qui s’accapare des territoires en Ouganda pour extraire du pétrole, extraction qui est leur travail.

Aujourd’hui, les philosophes de la pensée écologique prônent une pensée biocentrée ou écocentrée qui y inclut la morale : les plantes et les animaux non humains sont avec les êtres humains au centre du cadre de considération morale. De cette manière, le travail ne justifie plus la propriété de l’environnement car dés lors que nous posons ce cadre moral (qui doit devenir un cadre législatif dans nos démocraties) les plantes et les animaux ont des droits sur ce qui peut être fait de manière éthique (on pense aux OGM, à la manipulation génétique plus largement et au bien-être animal).

 

La mondialisation

La mondialisation est la conséquence du libéralisme. D’une interdépendance économique pour Joseph Stiglitz, elle est devenue une explosion du capitalisme pour Fernand Braudel. Prôné par les Etats-Unis d’Amérique, la mondialisation a permis la libre circulation des marchandises, des capitaux et de la culture. Se voulant inclusive pour les pays du Sud, elle n’a été favorable qu’aux pays riches au détriment de ceux-ci et au prix d’une pollution par les transports maritimes, aériens et par la route. De plus, injuste dans sa pratique, la mondialisation a rendu dépendant les pays pauvres envers les pays riches par les extractions de minerais transférés pour la production des pays riches uniques bénéficiaires car ceux-ci revendent au prix forts les produits manufacturés aux pays pauvres. La mondialisation favorise donc les flux entre les pays riches.

 

Discussion

L’aspect socio-économique est un levier pour la lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons vu que dans cet aspect, il y a l’humain lui-même, à savoir son évolution, et, dans son organisation sociale depuis le XIXème siècle, le système libéral et le capitalisme. La conséquence de cette organisation est la mondialisation qui a fait exploser les émissions de gaz a effet de serre par l’extraction de matières premières, le transport de ces matières et la production de biens. Les services aussi sont polluants car nécessitent des infrastructures de plus en plus sophistiqués et finalement, il faut de la production de biens pour pouvoir produire un service.

Dater l’Anthropocène reste un débat pour les spécialistes de l’environnement mais il faut savoir qu’il y a deux principales périodes : l’arrivée de l’Homme moderne ou la Révolution industrielle. Dans ce texte nous privilégions l’arrivée de l’Homme moderne car, dans un moindre mesure, il a dès lors modifié son environnement par le feu, le bronze, l’agriculture et l’érosion. Les civilisations et l’augmentation de la population sont la conséquence de ces maîtrises. Les émissions de gaz à effet de serre sont les conséquences des civilisations et de l’augmentation de la population car plus de besoins sont nécessaires à la survie de l’Homme.

Par ailleurs, en ce qui concerne le capitalisme, nous n’avons parlé que de la propriété. En effet il s’agit du socle sur lequel l’entreprise se veut prédatrice de l’environnement. Nous n’avons pas parlé de la croissance et ce que nous allons faire maintenant car c’est le moteur de l’économie selon les libéraux. Que le détenteur du capital soit une entreprise du domaine secondaire ou du domaine tertiaire, la croissance augmente la pollution car l’entreprise mobilise de plus en plus de ressources naturelles (pour extraire ou pour produire de l’énergie pour ses services). Dans une économie linéaire, la production d’énergie génère des déchets ou des externalités que ne prends pas en compte l’entreprise capitaliste. On pense dont aux émissions de gaz à effet de serre, aux extractions de matières premières ou aux déperditions de chaleur. C’est un peu l’ironie du capitalisme que les déchets ne soient pas assumés par les entreprises propriétaires car finalement ils leurs appartiennent, mais telle est l’économie linéaire ! La mondialisation a accentué le phénomène d’externalités car à l’inverse, l’océan et l’air ne sont la propriété d’aucun être humain. Ici, nous avons à faire à de l’anthropocentrisme car les milieux maritimes du grand large sont peuplés d’espèces et nous y rejetons nos déchets.

 

 Conclusion

Dans ce texte, nous avons tenté de montrer que les aspects socio-économiques sont le principal problème face au réchauffement climatique. Mais ils peuvent être aussi la solution si nous changeons nos comportements. Ce discours a cependant été ressassé beaucoup de fois mais il n’y a pas de solutions qui n’existent pas. Il faut faire l’inverse de ce qui a été fait jusqu’à lors : décroître. Si de toute façon l’empreinte des être humains est indélébile sur la Terre vu le réchauffement climatique et la pollution, disparaître n’est pas non plus la solution pour nous… Dans le cas extrême, il faudrait vivre en harmonie avec la nature, sans revenir en arrière, mais vivre avec et non à son encontre comme l’a voulu le système libéral. Nous avons parlé de bio- et d’écocentrisme et cela serait le modèle idéal, pour le moment, pour rétablir une vie harmonieuse avec la nature.

De la compétition et de la coopération : autour de l’écologie

 

« […] être le meilleur, c'est quelque chose qui est en train de faire fondre la planète », disait Albert Dupontel, un acteur français, pour LCI. Sa réflexion s’inscrit dans la course aux Césars, un prix du cinéma français. On fait un saut. Pour lui, être le meilleur est néfaste pour le climat et la biodiversité, « et on se chope des virus ». Il dit que les hommes d’affaires qui veulent être les meilleurs font des produits les plus compétitifs possibles que les autres et que cela à un impact négatif sur la nature. Si on suit sa pensée, la compétition entre les entreprises dans une industrie détruit la planète.
Dans ce texte, nous allons donc critiquer la compétition et le mouvement dans lequel elle s’inscrit, à savoir, le libéralisme, dans le cadre de l’écologie. Nous avons vu dans De l’écologie marchande que le libéralisme tient sa pratique dans le capitalisme. Ensuite nous allons voir comment la coopération peut être une alternative à la compétition.
 
De la compétition
Adam Smith a théorisé les bases de l’économie de marché, sur laquelle repose la compétition mais dans un cadre plus général, celle-ci s’inscrit dans un système libéral, énoncé par les philosophes politiques comme John Lock. Pour ces penseurs, le libéralisme prescrit que les hommes ont droit, entre autres, à la libre entreprise (ou au libre échange) comme droit individuel. La libre concurrence est la conséquence de ce droit fondamental. Si nous revenons à Smith, La Richesse des nations, son œuvre la plus célèbre et socle sur lequel se fonde le libéralisme économique, développe l’analyse de la libre entreprise, et donc, de la compétition. Le concept n’apparaît cependant pas directement dans l’œuvre mais est sous-entendue notamment lorsqu’il parle du prix des marchandises, du marché, et de sa critique du système mercantile. Typiquement, la concurrence exerce une influence sur les prix. Divers économistes ont favorisé la théorie de la concurrence comme Friedrich Hayek ou Joseph Schumpeter. Pour eux, la concurrence favorise l’innovation, notamment avec la « destruction créatrice » de Schumpeter. Les entreprises qui n’innovent pas sont dépassées par celles qui le font.
Pour faire court, la concurrence, dans la théorie économique, se pratique lorsqu’elle est « pure et parfaite », c’est-à-dire quand il y a beaucoup d’acheteurs et de vendeurs, que l’entrée et la sortie du marché se fait de manière fluide et que les produits sont homogènes pour la pureté et qu’il y a libre circulation des facteurs de production (capital et travail) et que l’information est transparente pour la perfection. Or cela n’est pas réaliste car il peut y avoir peu de vendeurs et beaucoup d’acheteurs en pensant aux multinationales, les principales pollueuses ; les coûts d’entrée et de sortie dans le marché peuvent être élevés et, de nos jours, les produits sont totalement segmentés selon les consommateurs cibles (il suffit de penser que les entreprises ont des stratégies marketing pour vendre ou pour entrer dans un marché). De plus, le mouvement des facteurs de production peut aussi avoir un coût élevé et qu’il y a asymétrie d’information entre les consommateurs et les producteurs de biens.
Le système de l’économie de marché est passé au stade du capitalisme, pour Fernand Braudel. Dans une économie de marché, les biens et les services sont échangé dans le but de satisfaire des besoins après avoir fait un surplus de biens que l’individu a produit et ne peut plus consommer (surplus). Dans le système capitaliste, les échanges commerciaux sont un prétexte pour augmenter les profits des entreprises. Braudel fait donc une distinction entre économie de marché et capitalisme. Pour Naomi Klein en 2014 (lors parution de son essai sur le capitalisme et le climat, et pour d’autres plus tard), le capitalisme est destructeur du climat et de la biodiversité. Klein affirme, et nous ferons le raccourci, que le libéralisme et le laissez-faire qu’il prône engendre une consommation démesurée et conduit à des accords commerciaux néfastes pour l’environnement.
Dupontel affirme donc juste, ou en tout cas, son discours pour LCI pourrait s’inscrire dans un courant antilibéral, ou alors celui de Klein. Qu’il le soit est impossible à affirmer. Par ailleurs, nous avons dit en introduction que le libéralisme trouve sa pratique dans le capitalisme et nous l’avons montré dans De l’écologie marchande. Pour Braudel les échanges commerciaux des entreprises capitalistes n’est qu’un prétexte à faire du profit (au final, faire du profit n’est que le but d’une entreprise, du moins, c’est ce que l’on apprend en école de commerce).
 
De la coopération
En simplifiant, nous avons vu que la compétition (ou la concurrence) avait tendance à être prédatrice de l’environnement. Dans ce paragraphe nous allons essayer de trouver un élément de réponse à ce problème via le concept de coopération. En effet, comme la coopération englobe les concepts d’intérêt général et de bien commun, on peut penser qu’elle est plus vertueuse dans son impact sur l’environnement. Le but, donc, de la coopération serait de passer d’un mode atomistique d’Homo oeconomicus à une relation liée entre ce qui est humain et non-humain. Le concept de coopération étant d’ordre économique, il engloberait, dans son activité, le bien-être entre le vivant et le non-vivant a contrario de la pensée individualiste de la concurrence.
Dans son essence, la coopération prend sa forme dans une organisation collective d’individus qui a un but partagé qui mène à leur satisfaction ainsi qu’à celle des parties prenantes. D’où la notion d’intérêt général. C’est une organisation collective et économique qui tire son activité d’un pool de ressources collectif. D’où la notion de bien commun. Dans un système, la coopération vise un but particulier sans pour autant faire parvenir la concurrence ni le conflit. Dans un système libéral, la coopération relèverait de l’oxymore à cause de la concurrence ou de la compétition, voire du conflit. Ici, nous distinguons la coopération de la coopération internationale où les pays industrialisés apportent leur aide au pays en développement par des accords bilatéraux. Ce que nous voulons souligner dans la coopération, c’est l’aspect de prise en charge égale entre les acteurs de la coopération, à savoir leur égalité dans le regroupement ainsi que leur respect (self-) imposé dans la gestion des pools de ressources. On peut aussi parler de synergies où les différents groupes coopératifs de différentes natures collaboreraient : les rejets des uns peuvent servir à la production des autres.
On retrouve la coopération dans des systèmes organisationnels comme les coopératives où les acteurs ont des voix égales et dont le but est de diminuer les prix de revient, voire de vente des produits qu’ils fabriquent (et qui sont censés être de meilleure qualité que les produits du marché). Ce sont des organisations à but non lucratif et les bénéfices sont redistribués ou réinvestis mais dont le but n’est pas d’enrichir le capital. Les coopératives ne sont pas très développées dans les économies libérales. Les économies à tendance socialistes sont favorables aux coopératives de production et celles-ci est partagée avec l’Etat sous le communisme.
Enfin, nous avons vu que la coopération peut être un état d’esprit tout comme un système organisationnel et économique. Le but est de favoriser une collaboration pour préserver l’environnement et promouvoir la justice sociale. Et Comme le disait Albert Dupontel pour LCI, « l’intelligence se fout de la compétition ».

Notes sur la justice sociale liée à la crise environnemental, partie 2



Inégalités ? Injustice ? Les unes impliquant l’autre ? 50% des gaz à effet de serre émises dans l’atmosphère sont dus aux 10% les plus riches de la population mondiale. Dans cette deuxième fournée des notes sur la justice sociale liée aux problèmes environnementaux nous allons parler non seulement de classes sociales mais aussi des implications de justice vis-à-vis de l’environnement.

 

Classes sociales

Autrefois binaire, l’analyse des classes sociales aujourd’hui se veut plus multidimensionnelle. En effet, l’analyse des classes sociales prend racine dans la pensée de Marx où celui-ci fait une distinction entre détenteurs du capital et détenteurs de la seule force de travail, capitalistes vs. Prolétariat, au XIXème siècle. Un rapport de force s’établit entre ces deux classes où les uns tirent profit des autres et où les intérêts des uns divergent des intérêts des autres. Weber, lui, stratifie la société en termes économiques, de situation sur le marché et d’accès aux biens. Bourdieu reprendra les travaux de Marx, de Weber et de Durkheim pour en faire une synthèse. Aujourd’hui, l’analyse des classes sociales prend deux approches : celle des rapports sociaux (classes) et celle des stratifications. Dans les deux cas, la question des inégalités est centrale.

Plusieurs phénomènes font que l’on a tendance à penser que les classes sociales vont disparaître, notamment avec l’augmentation de personnes dans la « classe moyenne » et les activités qui en découlent (éducation, santé, loisirs).

 

Justice climatique

Le réchauffement du climat pose des problèmes d’inégalités et d’injustices. Cependant il faudrait distinguer deux types de justices. Voici deux exemples : en premier, les émissions anthropiques de CO2 réchauffent le climat. Il faudrait donc limiter nos émissions dans le but d’atteindre un plafond de températures traduisant les émissions maximales à émettre. En second, on pense que les émissions de CO2 sont uniformément réparties autour de la planète. Ce n’est cependant pas le cas et le réchauffement engendré génère des perdants et des gagnant accroissant les inégalités. Maintenant la question est celle-ci : faut-il aborder une justice climatique rectificative ou distributive ?

 

Justice intergénérationnelle

« La justice entre générations, entendues comme des groupes ou cohortes d’individus nés à des périodes distinctes, concerne tant celles qui coexistent que celles qui vivent au sein de périodes distinctes » (Rio, 2018). La justice intergénérationnelle concerne non seulement les questions sociales mais aussi environnementales, comme la limitation des gaz à effet de serre ou la réduction de la consommation des ressources naturelles. Cependant La justice intergénérationnelle engendre une relation asymétrique entre générations présentes et futures car les premières peuvent influencer le devenir des secondes qui ne peuvent peser sur les décisions prises par les premières.

Migration


L’être humain a toujours été mobile. Avec la modernité, les flux migratoires se sont intensifiés. Dans ce texte nous nous posons la question de savoir pourquoi nous migrons, dans un contexte moderne. On expose les propriétés des migrations, c’est-à-dire leur « forme » et nous en sondons le « fond » avec les deux types de migrations : intérieures et internationales. Enfin, nous concluons sur la relation entre migrations et mondialisation.

Pourquoi migre-t-on ?

L’approche économique des migrations est dominée par l’école néoclassique. Ainsi, la raison principale de la migration est économique. Elle est modélisée par les facteurs que l’on appelle push factor ou facteur de départ et pull factor ou facteur d’attraction. Il s’en suit que la raison pour laquelle on migre est l’espoir d’améliorer ses perspectives économiques dans une région plus riche. Selon cette logique, la région de départ est réputée plus pauvre. La migration possède des caractéristiques sociales telles que le sexe, l’âge et la catégorie sociale. Généralement, le migrant est un jeune homme célibataire et instruit.

On choisit de migrer pour valoriser son capital humain. Le capital humain est la somme des expériences, connaissance, qualifications que l’on acquiert dès la naissance dans un but productif. L’éducation augmente le capital humain et peut être considéré comme un investissement.

Migrer porte un vrai coup psychologique à l’individu. Les relations sociales acquises dans la région de départ sont brisées et en faire de nouvelles dans la région d’arrivée devient de plus en plus difficile en dehors du travail ou avec l’avancement de l’âge. C’est pourquoi on observe que la plupart des migrations se font avant l’âge de 40 ans révolus et qu’un maximum se fait à la sortie des études (là où les réseaux sociaux sont encore limités et où la valorisation du capital humain se fait le plus ressentir).

 

Les propriétés de la migration

Pour Jean-Marc Zaninetti, il existe quatre propriétés des migrations : l’intensité migratoire, la structure démographique, l’orientation et la portée de la migration.

L’intensité migratoire est « la mesure de la propension d’une population ou d’un sous-groupe défini par quelques caractéristiques importante à migrer ». Elle permet de distinguer quel type de population à tendance à plus migrer que d’autres. L’éducation mais aussi la langue peut être un facteur ou un frein à la mobilité.

La structure démographique peut déterminer si une population est plus mobile qu’une autre. Comme les migrants sont de jeunes adultes, les populations majoritairement structurées de la sorte sont plus mobiles. Ce type de population correspond à la deuxième phase de la transition démographique, c’est-à-dire lorsque la fécondité baisse mais que le vieillissement est encore faible. La conséquence de la migration peut entraîner un changement dans la structure par âge (ou pyramide des âges) d’une population.

L’orientation ascendante ou descendante sont deux opposées. Ainsi, les migrations ascendantes indiquent des migrations des campagnes vers les villes ou des petites villes vers de plus grandes. L’inverse est la migration descendante. Historiquement, les migrations ascendantes sont majoritaires et on observe ce phénomène dans les pays du Sud. Dans les pays du Nord c’est le phénomène inverse qui se produit.

Le modèle gravitaire a été élaboré par Ernst-Georg Ravenstein et mesure la portée spatiale de migration, à savoir la distance de migration. D’après le modèle, la fréquence de migration décroît avec la distance.

 

Migrations intérieures

Les migrations intérieures concernent beaucoup de personnes mais il est difficile de les quantifier par manque de registre de populations dans de nombreux pays.

L’exode rural est un exemple de migration intérieure. Ce processus a débuté dans l’Europe du Nord-Ouest, particulièrement en Angleterre lors de la révolution industrielle. L’exode rural explose au XIXème siècle. Bien qu’il soit très faible aujourd’hui dans les pays du Nord, le départ des campagnes vers les villes est très présent dans les Pays du Sud et contribue à la croissance de villes et des mégapoles de ces pays.

On a aussi les migrations interurbaines et intra-urbaines. Les premières revoient à des migrations de petites ou de moyennes villes vers des villes d’importance régionales ou nationales. Le but est la recherche de l’emploi. Les secondes concernent des mouvement centrifuges, du centre vers les périphéries de la ville, ou centripètes, l’inverse.

 

Migrations internationales

En 2020, on estime qu’il y a 280 millions de migrants internationaux, soit 3.6% de la population mondiale. Ces chiffres semblent relativement faibles mais sont suffisamment importants en termes de conséquences sociales et spatiales pour les espaces concernés : elles montrent des écarts de développement et elles sont souvent une réponse au sous-développement.

La politique est une première cause des migrations. Par exemple on assiste à des migrations de réfugiés chiliens après le coup d’état d’Augusto Pinochet. Ce sont des réfugiés politiques, « les individus qui quittent un État dans lequel leur sécurité et leur liberté ne sont plus assurés et trouvent refuge dans un pays étranger qui les accueille et leur accorde parfois un statut spécifique ». Il existe des pays où les migrants sont indésirables et n’obtiennent pas de statut particulier. On appelle ces migrants des migrants forcés et on parle de populations déplacées.

Les causes socio-économiques sont d’autres push factors. Ce sont souvent des migrations de travailleurs (ou migrations économiques). Ce sont les cas majoritaires de migrations et peuvent provoquer des flux importants de personnes. Généralement, les pays émetteurs sont des pays moins riches que les pays d’accueil.

 

Migrations et mondialisation

A première vue, la relation entre mondialisation et migrations semble évidente. La connexion entre les différents peuples du monde forme une réponse à La mise en relation sans cesse croissante des différents espaces du monde, la mobilité internationale parfois qualifiée de nomadisme planétaire. Ayant débuté au XIXème siècle, les migrations étaient plus importantes en comparaison avec la population mondiale d’alors. Les flux de migrants se sont intensifiés avec la croissance de la population mondiale, les moyens et les types de migrations : travailleurs, étudiants, réfugiés et familles. De plus, la mondialisation de l’économie est un facteur qui augmente les flux migratoires en termes de nombre et de variété. Baisse des coûts du transports et augmentation de leur intensité, images et médias, ainsi que les réseaux sociaux sont des facteurs de migrations. Aussi, la mondialisation de l’économie creuse les écarts de richesses entre les différentes régions du monde, ce qui incite les migrants à aller vers des régions à forte croissance. Les migrations peuvent donc former un indicateur de la mondialisation mais peut aussi être l’une de ses conséquences.

 

Pour aller plus loin :

https://www.iom.int/fr/journee-internationale-des-migrants-2021

Baud P., Bourgeat S., Bras C., 2008, Migration, mobilités dans Dictionnaire de géographie, Hatier

Zaninetti J.-M., 2014, Géographie des peuplements et des populations : L’homme sur la terre, PUF


De l'écologie marchande

 

Le profit est le mot clé de l’économie d’aujourd’hui, même lorsque l’on parle d’écologie. Pour les économistes libéraux et les détenteurs du capital et des moyens de production, deux alliés, il s’agirait de faire d’une pierre deux coups en environnement : allier protection de l’environnement et profit. Pour les grandes entreprises en tout cas, ces deux thèmes ne sont pas toujours compatibles, voire vont à contre-courant. Car lorsqu’il s’agit de processus de court terme, l’autre, dont les phénomènes se passent lentement à l’échelle de temps humaine, doit se régénérer lentement. Dans ce texte, nous allons comprendre pourquoi la nature ne doit pas être sujette à la marchandisation. Karl Marx qui, au-delà de la position politique, fut un fin analyste du capital dit que la valeur provient de la force de travail humaine. Les penseurs libéraux quant à eux (Smith, Locke, etc.) accordent une importance au travail soit dans le prix des choses, soit dans l’accaparation des biens, c’est-à-dire dans la propriété privée. Aussi, nous allons prendre position sur la croissance verte et expliquer pourquoi ce n’est qu’un processus à retardement. Enfin, nous conclurons sur pourquoi le capitalisme est une impasse quand on parle d’écologie.


La marchandisation de la nature

Crédits carbone, marchés de quotas d’émissions, green bonds, fonds d’investissement verts et autres instruments financiers ont le vent en poupe dans les milieux de la finance et du capitalisme dits verts. Au fond, il s’agirait d’accaparer des « biens » environnementaux dans le but de protéger l’environnement et de lutter contre le changement climatique. Le magazine The Economist et les leaders qui se sont rencontrés au sommet pour le climat à Glasgow proposent même de donner une valeur marchande à la forêt pour qu’elle en ait une meilleure à un moment donné (en plantant des arbres donc…) Dans cette partie, nous allons sonder les raisons pour lesquelles la propriété privée et la maximisation du profit (les deux postulats de la logique marchande) seraient des vecteurs de la protection de la nature, qui est relayée à un état de marchandise.

En vrai, il est assez difficile de définir ce qu’est une marchandise en économie. Typiquement, les penseurs de l’économie politique intègrent un prix ou une valeur à la marchandise, comme le font respectivement Adam Smith et Karl Marx, pour les plus connus d’entre eux. Pour la logique libérale, Smith définit le prix des marchandises par la part du travail, la part de la rente du propriétaire et la part du profit du propriétaire du capital. Par exemple le prix du blé paye la rente du propriétaire terrien, paye les salaires des ouvriers et paye le profit du fermier. Pour Marx, les marchandises ont une valeur (d’usage et d’échange, « mutuellement exclusives »). Cette valeur est le produit du travail moyen effectué pour produire cette marchandise. Il ne faut pas confondre le travail et le salaire dans l’analyse marxienne de la valeur. Cependant, pour Marx, comme la valeur des marchandises sont le fruit du travail, la nature (l’air, l’eau, etc.) ne doit pas être considérée comme une marchandise car elles ne sont pas issues du produit du travail humain. La marchandisation de la nature n’est donc pas un processus « naturel ».

Au fond, il est utile de dire que la marchandise doit être « délimitée » par un droit de propriété. Une marchandise, en effet, doit appartenir à un possesseur pour qu’elle puisse être échangée. Il faut donc bien définir les limites de la propriété ainsi que les droits. Par exemple, Ronald Coase voulait définir précisément les droits de propriété dans le but d’internaliser les externalités négatives sur l’environnement qui étaient néfastes pour un certain voisinage. Dans le cas de la finance verte, il s’agit de bien définir les droits de propriété dans le but d’échanger des instruments financiers qui ont pour sujet des biens environnementaux. Par ailleurs, et c’est toute la difficulté des échanges mondiaux, c’est comment réduire la marge d’action du propriétaire pour que son bien environnemental puisse pérenniser, action qui se fait par des lois. C’est ce qui allait se passer à la conférence ministérielle qui aurait dû avoir lieu à Genève.

Enfin, la notion de propriété possède, entre autres, l’attribut qui rend possible la rentabilité de ce qui est appartenu (frutctus). Le but est alors de maximiser le prix de ce qui peut être vendu pour obtenir un maximum de profits. Dans la finance verte, il s’agirait d’accorder une valeur maximale à une parcelle de terre en y mettant ce qu’il y a de plus rentable pour en tirer un plus grand profit. L’action n’est pas forcément toujours vertueuse car « ce qu’on y met » peut être contre-productif (que ce soit par la volonté du propriétaire ou non).

 

La croissance verte

Pour l’OCDE, la croissance verte implique de favoriser la croissance économique et le développement tout en veillant à ce que les ressources naturelles puissent offrir des services écosystémiques dont l’humanité dépend pour son bien-être.

Si la croissance actuelle ne se soucie que peu de la raréfaction des ressources naturelles et cherche la maximisation du profit des entreprises, la croissance « verte » ne fera que retarder l’épuisement de ces ressources, fusse-t-elle plus « propre » ou plus « efficiente ». En effet, la logique de la croissance verte reste dans la même veine que celle de la croissance actuelle. Typiquement, la croissance verte repose sur quatre piliers (ou moteurs) : l’amélioration de la productivité, l’investissement, l’ouverture de nouveaux marchés, la fiscalité « verte », et la réduction des risques pour la croissance.

Comme cela a été dit, la croissance verte cherche une plus grande efficience dans l’utilisation des ressources naturelles. Cela traduit le fait que l’exploitation des ressources naturelles perdure, mais sous le pilier « investissement » il faudrait investir dans des technologies plus efficientes pour produire une « meilleure » extraction, ce qui est contradictoire. Aussi, il est possible de supposer que l’investissement dirige son action vers d’autres investissements qui s’extraient des ressources fossiles. Mais comme la consommation doit augmenter, suivant la logique de la croissance verte, même en « mieux », cela revient aussi à augmenter la consommation en ressources fossiles indirectement.

Aussi, la croissance verte doit s’adapter à chaque contexte, à savoir à chaque pays. Si l’on divise le monde en termes de pays du Sud et Pays du Nord, il semblerait que ces derniers soient plus dépendants des ressources naturelles de par leurs économies. D’où le fait que l’expansion des pays du Nord, vis-à-vis de leur dépendance envers les pays du Sud dans l’extraction des ressources naturelles (en effet les pays du Sud regorgent de plus de ressources minières que certains pays du Nord) soit défavorable envers ces derniers. Alors que les pays du Nord visent l’expansion, même « verte », la mondialisation a montré que les pays du Nord sont les bénéficiaires de ces ressources au détriment des pays du Sud qui subissent les dégâts engendrés par l’exploitation de ces ressources par les entreprises des pays du Nord. Même si l’extraction des ressources est plus « propre » dans un contexte de croissance verte, ou si elle devient plus inclusive des populations locales, la raréfaction est donc uniquement retardée et la pollution « remise à plus tard ».

 

L’impasse du capitalisme et conclusion

Nous l’avons dit dans La croissance verte, mais dans un autre vocabulaire, que le libre-échange, dans un processus de mondialisation, se rendait prédateur des ressources naturelles. Alors que le libéralisme a trouvé sa pratique dans le capitalisme, la caractéristique productiviste/consumériste fait qu’il en est toujours plus dépendant pour la croissance, même « verte ». Accessoirement, pour le penseur de l’écologie politique André Gorz, la logique du capitalisme – séparation entre capitalistes et travailleurs – contribue à la prédation et au gaspillage. Nous avons aussi vu que d’après les penseurs libéraux comme Smith, mais aussi comme ceux de la gauche tel que Marx, le travail est un vecteur primordial pour fixer une valeur dans une marchandise. De plus la notion de propriété revient dans les deux analyses bien qu’elles s’éloignent dans leurs substances : un échange doit être issu de deux propriétaires. Par ailleurs le fait d’accaparer des biens dans un contexte de capitalisme n’en reste non seulement que prédateur en ce qui concerne les ressources naturelles mais aussi inégal dans la distribution de la richesse produite, c’est-à-dire en termes socio-économiques. La gestion des communs serait-elle la solution ? Nous en avons parlé dans ce blog.

Biodiversité



Diversité biologique, comptabilisation des espèces vivantes sur la planète, depuis les années 1970-1980 les sciences de l’écologie et de l’évolution voient apparaître une discipline nouvelle : la biologie de la conservation. C’est une science engagée sur fond de disparition des espèces, recensement et prévention de catastrophes naturelles. « Biodiversity » est créée pour permettre de concevoir la nature autrement : la disparition fulgurante de la vie sur Terre, et elle est devenue un point focal pour les environnementalistes, selon David Takacs. Alors que l’humanité est responsable de la disparition des espèces, est-il moral de dire qu’elle compte ? sous-entendu pour l’humanité

La biodiversité est le tissu de la vie sur Terre. Elle est issue du processus décrit dans L’Origine des espèces, à savoir la lutte pour l’existence, qui décrit les stratégies d’interactions entre les espèces pour la survie, et la descendance avec modification qui étudie les modifications génétiques et phénotypiques des espèces dans un environnement donnée à travers une descendance. Autrement dit, les espèces sont en interaction à la fois avec leur environnement et avec elles-mêmes. Il est possible de mettre en lien la biodiversité avec le terme d’écosystème qui comprend le biotope et la biocénose. Les conditions physico-chimiques du non-vivant forment le socle du vivant qui le modifie à son tour. Les espèces ne sont pas immuables et évoluent au cours du temps et de l’espace. Elles s’adaptent et en créent de nouvelles par ce processus.

Là ou biodiversité apparaît, celle-ci se dégrade et disparaît sous la pression anthropique. Les espèces n’ont pas le temps de s’adapter. Extraction des ressources, modification des conditions physico-chimiques rapides de la planète, certains questionnent la place de l’humanité sur la Terre. Ce questionnement soulève divers points : L’humain est-il vraiment un facteur de changement de ces conditions physico-chimiques ? et depuis quand le fait-il ? Ensuite, est-ce que l’anthropocentrisme est-il moralement acceptable alors que l’humain est responsable de la disparition des espèces ? et s’il faut conserver la nature, est-ce que ce serait pour son propre compte ?

D’après le dernier rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le réchauffement climatique est dû à 95% aux émissions carbonées engendrées par les êtres humains. Par ailleurs, certains spécialistes du climat, géologues, environnementalistes parlent d’anthropocène, à savoir l’ère géologique pour lequel l’être humain façonne son environnement. Là où les spécialistes divergent, c’est sur son commencement. Si la création de la machine à vapeur et les inventions qui en résultent forme un point de départ de l’ère, d’autres pensent que ce serait la « grande accélération » d’après-guerre qui ferait foi. Pour d’autres encore, et plus marginalement, la généralisation de l’agriculture serait une approche quant aux origines de l’anthropocène.

D’après la pensée écocentriste, il s’agit de dézoomer du point de vue sur l’humanité vers une focale plus large de la communauté biotique à laquelle elle appartient. La charge morale ne se concentre alors plus sur le bien-être de l’homme mais sur les interactions écosystémiques entre les espèces vivantes (animaux humains, non humains, végétation) et le biotope. La question est donc vite répondue : d’après ce courant de pensée, l’anthropocentrisme de la conservation de la nature pour l’être humain n’est pas moral car elle présuppose que la nature doit être l’objet de son bien-être et n’englobe pas les autres espèces dans son champ de considération morale.

Dire que la biodiversité compte pour l’humanité, c’est de mettre l’humanité au centre des préoccupations de la communauté biotique à laquelle elle appartient. Cette vision, hormis du point de vue de la pensée écocentriste, n’est pas morale car elle place le bien-être de l’humanité au détriment de celui des autres espèces ainsi que de leur sauvegarde. Il ne faut pas oublier que l’humanité, bien qu’elle ait construit des villes et des champs, est dépendante des interactions biotiques qui se déroulent dans la nature, pour ne pas dire sur la planète Terre.