Notes sur la justice sociale liée à la crise environnementale (1)



Pauvreté et précarité

La pauvreté et la précarité sont des problèmes de société. Les sociologues mais aussi les économistes et les géographes s’y intéressent et les étudient, les uns sous une approche monétaire, les autres sous une approche spatiale. Lorsque l’on parle de pauvreté et de précarité on sous-entend un effort d’inclusion et d’insertion dans la société ou dans le système-monde (voir Mondialisation, la planète comme un « système-monde »). Les politiques en font des thèmes de leurs campagnes et les tenant de l’altermondialisme tentent de lutter contre afin de construire un monde plus égalitaire ou équitable. En effet, la pauvreté et la précarité sont des phénomènes très répandus dans le monde et concernent avant tout les pays en développement où elles sont des critères indicatifs. Pour certains pays, on peut parler de pauvreté absolue tant elle s’exprime par des manques fondamentaux (faim, malnutrition chronique, santé, logement, etc.)

Mais la pauvreté est aussi bien réelle dans les pays riches et industrialisés et se caractérise par un manque d’éléments de bien-être matériel comme l’eau courante, la qualité de la nourriture, l’accès aux vacances, etc. Dans ce contexte, il est possible d’évaluer la pauvreté en fixant un seuil de pauvreté qui est calculé en référence au prix des denrées principales de consommation. Le chômage de longue durée (de plus de 12 mois) en fait aussi un indicateur de pauvreté.

Généralement, la pauvreté peut se mesurer par rapport à la distribution des richesses dans une population. On utilise pour cela l’indice de Gini qui offre une mesure allant de 0 à 1, 0 étant l’égalité parfaite et 1 l’inégalité parfaite. Par exemple, il semble que de nombreux pays d’Amérique Latine soient très inégalitaires avec des indices supérieurs à 0.6. Par ailleurs, dans les pays riches, on peut parler de Quart-monde, c’est-à-dire la fraction de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. On a aussi les nouveaux pauvres, les personnes qui se retrouvent dans de nouvelles situations qui les ont poussés dans la pauvreté (rupture conjugale, jeunes n’ayant pas trouvé de travail, licenciement, etc.)

 

Justice environnementale

Au niveau global, les sommets mondiaux qui se succèdent depuis celui de Rio en 1992 cherchent à établir une juste répartition des tâches permettant de faire face à la dégradation de l’environnement. On adopte le principe de « responsabilité commune mais différenciée ». Après les écrits de Rawls, les théories libérales ont servi de référence en matière de distribution des biens environnementaux. Cela a donné une littérature spécialisée très savante mais, au final, elles se sont trouvées très décevantes, notamment dans les responsabilités quant aux changements climatiques.

Cela montre la faiblesse du modèle de justice distributive. Une justice distributive implique que l’environnement doit être privatisé et que l’on possède un « bien » environnemental, ce qui semble être difficilement être le cas. Par exemple, les personnes comme Michael Sandell considère que l’argent ne peut pas tout acheter. Les échanges de permis d’émissions de CO2 est contre-indicatif pour un respect de l’environnement. Dès lors, il ne convient pas de traiter l’environnement comme une denrée marchande mais comme un « bien commun » (voir les limites de la propriété).

Mettre les inégalités sociales au cœur de la problématique environnementale semble alors tout à fait raisonnable. La pauvreté est un facteur important dans la dégradation de l’environnement. Aussi, il semblerait que plus les inégalités sociales sont profondes, plus il serait difficile de faire front commun. Inversement, l’aggravation de la crise environnementale ne fait que renforcer les inégalités sociales. Les populations plus précaires sont à la fois plus vulnérables et moins résilientes aux problèmes environnementaux. Pour Dale Jamieson, « les pauvres souffrent de façon disproportionnée de la pollution environnementale produite par la société dans son ensemble ».

 

Inégalités environnementales

Les mouvements de justice environnementale ont mis en évidence l’exposition accrue de certains groupes sociaux les plus fragilisés, des minorités ethniques, de populations pauvres aux risques environnementaux ou d’externalités environnementales négatives produites par des entreprises. Ils ont aussi remarqué un faible investissement des autorités politiques et administratives dans certains territoires, ce qui a pour conséquences des conditions de vies dégradées et des difficultés d’insertion économiques pour ces populations. En plus de cela, ces mobilisations établissent une juxtaposition de ces deux faits, ce qui contribue à la dégradation des conditions de vie des populations précaires. Il s’ensuit que la lutte contre les inégalités environnementales s’articule avec d’autres formes de revendications sociales ce qui en fait un critère de lutte pour la justice sociale.

Progressivement, on va s’apercevoir que les inégalités sociales sont une conséquence à proprement dite des inégalités environnementales. Typiquement, une situation sanitaire dégradée peut être la conséquence d’une situation de dégradation de l’environnement dans lequel se trouve la personne. Il s’ensuit que les conditions sociales et environnementales non seulement se juxtaposent mais elles se cumulent et se renforcent mutuellement.

Avec la mondialisation (voir Mondialisation, la planète comme un « système-monde »), les limites environnementales (dérèglement climatique, extinction de la biodiversité, finitude des ressources naturelles non-renouvelables, etc.) portent sur des interactions plus complexes qu’entre ce qui est social et environnemental. Il n’est alors plus possible de parler d’inégalités environnementales mais on plaide de plus en plus pour la notion d’inégalité écologique. Ici, les acteurs et les activités sociales et économiques sont à la fois victimes et responsables des dégradations environnementales. On notera cependant que les populations les plus exposées aux risques environnementaux sont celles qui y contribuent le moins. 


Pour voir plus loin:

- Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Exclusion, intégration, insertion

- Larrère Catherine, Justice environnementale, Dictionnaire de la pensée écologique

- Lejeune Caroline, Inégalités environnementales (point de vue 1), Dictionnaire de la pensée écologique

Mondialisation, la planète comme un "système-monde"



En français, on ne sait pas s’il faut dire mondialisation ou globalisation. Pourtant, globalisation ou globalization est le terme anglais qui se traduit par mondialisation. Globalization est cependant un mot plus général pour parler d’un phénomène qui touche l’ensemble du globe, comme la question de l’environnement. Mais, en français, on peut l’utiliser pour parler des aspects financiers de la mondialisation. Ici, nous allons utiliser le terme de mondialisation pour parler des aspects globaux qui traitent de la planète comme un tout.

La mondialisation peut se définir comme un processus reliant les territoires pour former un « système-monde », c’est-à-dire, un seul monde considéré comme un système, un tout cohérent. En d’autres termes, il s’agit de tous les phénomènes, ou de l’ensemble des phénomènes convergents et successifs qui ont pour but la liaison entre les territoires du monde. Cette liaison est sensée former un ensemble logique répondant à des mêmes lois à l’échelle globale.

Le sens du terme « mondialisation » à aussi évolué dans le temps. Jusqu’au années 1980, il a un sens très général du fait du terme de global village, ou village global, ou village planétaire, par le sociologue canadien Marshall Mac Luhan qui a vu une uniformisation des cultures du fait du rôle des médias. Dès l’année 1983, suite à la parution d’un article de Théodore Levitt, « The globalization of markets », le terme prend un sens plus économique. De nos jours, on trouve différentes définitions de la mondialisation en fonction des champs d’études des spécialistes. Par exemple, les économistes comme Joseph Stiglitz insistent sur l’interdépendance des économies dans le monde. Les historiens parlent de mondialisation en termes de temporalité : un processus d’extension du système capitaliste dans l’espace mondial, pour Fernand Braudel. Malgré les différentes définitions de la mondialisation, aujourd’hui nous l’acceptons non pas sous des traits purement économiques, mais aussi sociaux, culturels et politiques.

 

Échanges internationaux

Ici, on parle de la mondialisation des échanges. Les échanges deviennent mondiaux depuis la Seconde Guerre mondiale. La croissance des échanges est plus rapide que la croissance démographique et que la croissance du PIB mondial. Cette croissance est due aux progrès qui se sont faits dans les transports, notamment celle des bateaux, et les télécommunications depuis les années 1960. Pour les transports, des économies d’échelles sont réalisées grâce à l’augmentation de leur capacité mais aussi grâce à leur spécialisation (pétroliers, minéraliers, vraquiers, etc.) Aussi, les conteneurs et l’uniformisation des ceux-ci permet l’intermodalité, ou la possibilité de transférer les conteneurs d’un mode de transport à un autre. Les progrès dans les transports maritimes sont capitaux car ils assurent les trois quarts des transports de marchandises en poids et deux tiers en valeur.

La mondialisation des échanges est le résultat de la libéralisation des échanges à l’échelle mondiale. Cette libéralisation est possible parce que les États-Unis prônent le libre-échange (cf. Libre-échange, écologie et consommation locale), fondement du libéralisme. C’est à leur initiative qu’est créé l’accord du GATT (General Agreement on Tariffs and Trades) dont le but est de baisser les barrières douanières, par la réduction de tarifs douaniers, l’élimination des contingentements à l’importation et la généralisation de la clause de la nation la plus favorisée ; et enfin, ne soumettre à aucune restriction le commerce mondial. A la suite de certains Rounds, des grandes négociations internationales, notamment le Tokyo Round et l’Uruguay Round, on aboutit à la création de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Bien que la tendance générale soit au libre-échange, le protectionnisme existe et est accentué en période de crise.

Dans le processus de mondialisation de l’économie, on peut parler de division internationale du travail, c’est-à-dire la répartition des différentes spécialisations en les pays. Ceci à permis la montée des échanges dans le monde. Il s’agit, pour ainsi dire, d’échanges de produits de base venant de pays pauvres contre des produits manufacturés exportés par des pays industriels. La nouvelle division internationale du travail augmente d’un niveau. Les pays occidentaux achètent des produits manufacturés au pays en développement et vendent des produits à haute valeur ajoutée, contenant de nouvelles technologies. A noter que les pays développés sont devenus de gros producteurs agricoles. De plus en plus, on peut parler de division internationale des processus productifs car plusieurs pays participent à la fabrication d’un produit. Aussi, on remarque le rôle croissant des firmes multinationales qui ont poussé la libéralisation des échanges car elles sont en réalité le moteur et les bénéficiaires.

Les échanges internationaux concernent essentiellement les flux Nord-Nord, c’est-à-dire, entre pays industrialisés. Ceux-ci engendrent des flux de marchandises, de services, de capitaux et d’humains. Les produits manufacturés sont les mieux quantifiables car visibles en poids et en valeur. Entre les pays du Nord, il s’agit de produits plutôt élaborés. A noter que le poids des pays en développement s’accroît, notamment avec la Chine ou plus généralement les nouveaux pays industrialisés (NPI). Quant aux flux d’informations, ils circulent aussi parmi les pays industrialisés notamment grâce à des agences de presse provenant de ces pays-là (AP, AFP, etc.) Les flux d’informations se sont développés et même instantanéisés grâce à la communication satellite et à Internet. Enfin, en ce qui concerne les flux financiers, il est difficile de les mesurer.

 

Géopolitique

La géopolitique s’intéresse aux espaces nationaux, aux frontières et à leur évolution, mais elle étudie aussi les comportements des habitants des pays, les tendances idéologiques et les structures sociales. Certains éléments d’études de la géopolitique sont plus structurels que d’autres comme la politique des frontières, tandis que d’autres sont plus variables comme le prix des matières premières. On peut aussi mettre en avant la géostratégie qui étudie les rapports entre géographie et stratégie. Enfin la géoéconomie étudie le rapport entre l’espace et l’économie. Si la géopolitique, la géostratégie et la géoéconomie étudient l’espace à leurs domaines respectifs à l’échelle régionale, elles ont aussi une vision planétaire en considérant le globe comme un système.

Le monde d’aujourd’hui, en termes géopolitiques est complexe face à la bipolarité du monde qui marque la guerre froide. Le changement s’est produit progressivement. D’un monde bipolaire (Etats-Unis d’Amérique et ses alliés contre le bloc communiste) on voit apparaître les pays du « Tiers-monde », terme créé par Sauvy en 1952. En 1962, lors de la conférence de Belgrade on voit les non-alignés ne souhaitent pas faire partie d’un des deux blocs : à la division Est-Ouest, on a une coupure Nord-Sud. L’arme atomique a aussi joué un rôle dans les choix géopolitiques des pays.

 

Prospective

La Banque mondiale et les partisans du libéralisme économique soutiennent la thèse que la dérèglementation et l’accroissement des échanges internationaux entraînerait l’intégration de tous les pays du monde dans le système-monde. Effectivement, la mobilité des entreprises multinationales favoriserait la croissance économique globale en diffusant la richesse vers le bas, comprenons les pays « moins avancés ». La participation de tous les pays intensifierait ces échanges et créerait des îlots de plus en plus intégrés dans le processus de mondialisation, chaque pôle créant ainsi une intégration de son arrière-pays par effet de ruissellement. A terme, les différences sociales et humaines disparaîtraient.

 

Acteurs de la mondialisation

Les firmes multinationales jouent un rôle clé dans la mondialisation car elles en sont le moteur et les principales bénéficiaires. Les firmes multinationales sont aussi propulsées par l’idéologie croissante du système libéral qui les maintient actives grâce à la délocalisation : elles forment un maillage souvent indépendant du maillage politique des Etats. Ces entreprises ont un rôle de plus en plus important dans le sens que certaines d’entre elles produisent des chiffres d’affaire plus important que les PNB de certains pays. Les associations de pays, comme l’Union européenne, forment aussi des acteurs essentiels dans la mondialisation.

Les acteurs de la mondialisation peuvent former des réseaux, chemins qui relient les différentes lieux de la planète, lieux qui deviennent des nœuds. Ces réseaux peuvent être physiques ou virtuels comme des chemins de fer ou Internet. Certains lieux sont plus privilégiés que d’autres et forment des réseaux plus « intenses » que les autres. On parle de villes mondiales ou métropoles mondiales de tels nœuds, ou hubs, en anglais, et sont au cœur de la mondialisation. Ces hubs ont des pouvoirs politiques, économiques, financiers et culturels, attirent les populations et les capitaux (par exemple New York). Ils entretiennent des relations si fortes qu’ils peuvent sembler plus proches que certains lieux géographiquement plus proches. L’ensemble des villes mondiales forment l’archipel mégalopolitain mondial. On peut aussi parler de pôles.

 

Contestation

L’altermondialisme, qui s’oppose à la mondialisation libérale, cherche à la réguler afin de la rendre plus équitable. On peut prendre l’exemple des manifestations de Seattle où les manifestants souhaitent un contrôle plus citoyen et démocratique de l’OMC en ce qui concerne le libre-échange. Des associations de personnes en faveur de l’altermondialisme (ONG, partis politiques, syndicats, etc.) se rencontrent autours de forums sociaux mondiaux (FSM), comme à Nairobi en 2007, pour étudier d’autres moyens de mettre en œuvre une « autre mondialisation ». En ce qui concerne la finance en termes de mondialisation, ces mêmes tenants de l’altermondialisme dénoncent une « dictature » des créanciers sur les actionnaires, aboutissant à un développement d’un capitalisme purement actionnarial.

Enfin, suite à la théorie de la prospérité globale, les mouvements altermondialistes défendent la thèse de la fragmentation globale qui stipule que la mondialisation oublie les effets de domination politique de certains espaces sur d’autres. Des territoires n’ont pas la possibilité de s’intégrer au système-monde et que donc cette insertion est forcément sélective et limitée à quelque types d’espaces seulement. Par conséquent, l’aggravation des inégalités est planétaire et on voit apparaître « un archipel de richesses au milieu d’un océan de pauvreté ». La délocalisation au Nord contribue a fragmenter les territoires, tandis qu’au Sud, même si quelques espaces se développement, la pauvreté globale ne sera non seulement pas atténuée mais elle devrait en plus augmenter.


Pour voir plus loin:

- Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Mondialisation, Système-monde, Dictionnaire de géographie

- Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Echanges internationaux, Dictionnaire de géographie

- Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Culture, géographie culturelle, Dictionnaire de géographie

- Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Géopolitique, Dictionnaire de géographie

- Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine Développement, Sud, Dictionnaire de géographie

- Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Société, géographie sociale, Dictionnaire de géographie