Dans ce texte, nous allons donc critiquer la compétition et le mouvement dans lequel elle s’inscrit, à savoir, le libéralisme, dans le cadre de l’écologie. Nous avons vu dans De l’écologie marchande que le libéralisme tient sa pratique dans le capitalisme. Ensuite nous allons voir comment la coopération peut être une alternative à la compétition.
Adam Smith a théorisé les bases de l’économie de marché, sur laquelle repose la compétition mais dans un cadre plus général, celle-ci s’inscrit dans un système libéral, énoncé par les philosophes politiques comme John Lock. Pour ces penseurs, le libéralisme prescrit que les hommes ont droit, entre autres, à la libre entreprise (ou au libre échange) comme droit individuel. La libre concurrence est la conséquence de ce droit fondamental. Si nous revenons à Smith, La Richesse des nations, son œuvre la plus célèbre et socle sur lequel se fonde le libéralisme économique, développe l’analyse de la libre entreprise, et donc, de la compétition. Le concept n’apparaît cependant pas directement dans l’œuvre mais est sous-entendue notamment lorsqu’il parle du prix des marchandises, du marché, et de sa critique du système mercantile. Typiquement, la concurrence exerce une influence sur les prix. Divers économistes ont favorisé la théorie de la concurrence comme Friedrich Hayek ou Joseph Schumpeter. Pour eux, la concurrence favorise l’innovation, notamment avec la « destruction créatrice » de Schumpeter. Les entreprises qui n’innovent pas sont dépassées par celles qui le font.
Pour faire court, la concurrence, dans la théorie économique, se pratique lorsqu’elle est « pure et parfaite », c’est-à-dire quand il y a beaucoup d’acheteurs et de vendeurs, que l’entrée et la sortie du marché se fait de manière fluide et que les produits sont homogènes pour la pureté et qu’il y a libre circulation des facteurs de production (capital et travail) et que l’information est transparente pour la perfection. Or cela n’est pas réaliste car il peut y avoir peu de vendeurs et beaucoup d’acheteurs en pensant aux multinationales, les principales pollueuses ; les coûts d’entrée et de sortie dans le marché peuvent être élevés et, de nos jours, les produits sont totalement segmentés selon les consommateurs cibles (il suffit de penser que les entreprises ont des stratégies marketing pour vendre ou pour entrer dans un marché). De plus, le mouvement des facteurs de production peut aussi avoir un coût élevé et qu’il y a asymétrie d’information entre les consommateurs et les producteurs de biens.
Le système de l’économie de marché est passé au stade du capitalisme, pour Fernand Braudel. Dans une économie de marché, les biens et les services sont échangé dans le but de satisfaire des besoins après avoir fait un surplus de biens que l’individu a produit et ne peut plus consommer (surplus). Dans le système capitaliste, les échanges commerciaux sont un prétexte pour augmenter les profits des entreprises. Braudel fait donc une distinction entre économie de marché et capitalisme. Pour Naomi Klein en 2014 (lors parution de son essai sur le capitalisme et le climat, et pour d’autres plus tard), le capitalisme est destructeur du climat et de la biodiversité. Klein affirme, et nous ferons le raccourci, que le libéralisme et le laissez-faire qu’il prône engendre une consommation démesurée et conduit à des accords commerciaux néfastes pour l’environnement.
Dupontel affirme donc juste, ou en tout cas, son discours pour LCI pourrait s’inscrire dans un courant antilibéral, ou alors celui de Klein. Qu’il le soit est impossible à affirmer. Par ailleurs, nous avons dit en introduction que le libéralisme trouve sa pratique dans le capitalisme et nous l’avons montré dans De l’écologie marchande. Pour Braudel les échanges commerciaux des entreprises capitalistes n’est qu’un prétexte à faire du profit (au final, faire du profit n’est que le but d’une entreprise, du moins, c’est ce que l’on apprend en école de commerce).
En simplifiant, nous avons vu que la compétition (ou la concurrence) avait tendance à être prédatrice de l’environnement. Dans ce paragraphe nous allons essayer de trouver un élément de réponse à ce problème via le concept de coopération. En effet, comme la coopération englobe les concepts d’intérêt général et de bien commun, on peut penser qu’elle est plus vertueuse dans son impact sur l’environnement. Le but, donc, de la coopération serait de passer d’un mode atomistique d’Homo oeconomicus à une relation liée entre ce qui est humain et non-humain. Le concept de coopération étant d’ordre économique, il engloberait, dans son activité, le bien-être entre le vivant et le non-vivant a contrario de la pensée individualiste de la concurrence.
Dans son essence, la coopération prend sa forme dans une organisation collective d’individus qui a un but partagé qui mène à leur satisfaction ainsi qu’à celle des parties prenantes. D’où la notion d’intérêt général. C’est une organisation collective et économique qui tire son activité d’un pool de ressources collectif. D’où la notion de bien commun. Dans un système, la coopération vise un but particulier sans pour autant faire parvenir la concurrence ni le conflit. Dans un système libéral, la coopération relèverait de l’oxymore à cause de la concurrence ou de la compétition, voire du conflit. Ici, nous distinguons la coopération de la coopération internationale où les pays industrialisés apportent leur aide au pays en développement par des accords bilatéraux. Ce que nous voulons souligner dans la coopération, c’est l’aspect de prise en charge égale entre les acteurs de la coopération, à savoir leur égalité dans le regroupement ainsi que leur respect (self-) imposé dans la gestion des pools de ressources. On peut aussi parler de synergies où les différents groupes coopératifs de différentes natures collaboreraient : les rejets des uns peuvent servir à la production des autres.
On retrouve la coopération dans des systèmes organisationnels comme les coopératives où les acteurs ont des voix égales et dont le but est de diminuer les prix de revient, voire de vente des produits qu’ils fabriquent (et qui sont censés être de meilleure qualité que les produits du marché). Ce sont des organisations à but non lucratif et les bénéfices sont redistribués ou réinvestis mais dont le but n’est pas d’enrichir le capital. Les coopératives ne sont pas très développées dans les économies libérales. Les économies à tendance socialistes sont favorables aux coopératives de production et celles-ci est partagée avec l’Etat sous le communisme.
Enfin, nous avons vu que la coopération peut être un état d’esprit tout comme un système organisationnel et économique. Le but est de favoriser une collaboration pour préserver l’environnement et promouvoir la justice sociale. Et Comme le disait Albert Dupontel pour LCI, « l’intelligence se fout de la compétition ».



